Bienvenue sur ce blog qui n'a pas d'autre ambition que de vous faire partager la plus grande passion de ma vie : l'écriture. Même si je
n'ai que quarante années au compteur, ce qui pour certains ne représente pas encore une très longue existence, ma vie d'écrivain a commencée il y a au moins trente ans.
Comment cette passion m'est-elle venue ? Comment suis-je venue allonger la très longue file de ceux qui tentent d'aligner les lignes comme d'autres allongent sans fatigue les kilomètres ?
A cela trois raisons majeures : une enfance pas franchement amusante pour faire court ; une imagination sans bride qui fait tomber tous les murs, visibles ou invisibles, et enfin une machine
à écrire électrique super moderne (pour l'époque) traitée comme une vache sacrée qu'il ne fallait surtout pas toucher... et dont je mourrais de faire ma chose.
Alors, me voici soulevant la protection en plastique qui prend déjà la poussière, poussant l'interrupteur. Un bruit métallique me surprend - pas question d'être vue parce que sinon... Je
m'amuse ; je tape n'importe quoi, fascinée par la vitesse des caractères imprimés sur le papier. Je sens un monde fascinant à portée de mes doigts...
Puis, des machines plus imposantes arrivent : des ordinateurs : mon père en est chaque fois plus fier. Toujours le nec plus ultra de la technique. Sans qu'il le sache car je me garde bien de
le lui dire - parce que, de toute façon, je ne dis jamais grand-chose - je partage sa fascination. Du moins pour une toute petite partie : un logiciel fascinant qui s'appelle "Word".
Mon père, m'installe devant la merveille. J'inscris mes premières phrases, des bouts de récits. Naturellement, je ne tiens pas la distance car cela, c'est venu beaucoup plus tard. Qu'ai-je bien
pu écrire ? Malgré ma mémoire, j'avoue sans aucune honte que je m'en souviens plus ! En revanche la sensation d'une liberté nouvelle m'est restée.
Passons quelques années et je me retrouve à la toute fin du collège dont je ne garde pas franchement un bon souvenir. De toute façon, souvenir est même un bien grand mot puisque j'ai surtout eu
l'impression très forte de traverser un brouillard très épais.
Mais inutile de faire pleurer Margot - chacun son pain noir même si certains en mangent plus que d'autres - vous me retrouvez au collège, prête à faire un nouveau saut dans cet inconnu que je
déteste. Mais cette fois, je n'ai pas peur ; je ne pleure pas.
Pourquoi vous parler longuement de cela ? Parce que je sais que c'est là qu'est né l'écrivain qui sommeillait en moi. J'ai construit mon premier vrai récit : imaginant enfin un début, un milieu
et une fin et une durée. Il y avait un titre "Une semaine de vacances". Je sais : pas très original ! Et alors ? Cela a en fait très peu d'importance !
En revanche, encore aujourd'hui, je me souviens encore très bien de mon projet : un récit futuriste. Un héros -Niklas- vivant dans un monde régit par un ordinateur central - Z412. Niklas a
un ordinateur personnel : O2 sans lequel il ne peut vivre. Toute la vie dépend de circuits électroniques ultra sophistiqués et dont l'énergie est le maillon essentiel. Une panne de courant
survient et Niklas découvre la liberté qui durera une semaine.
Si je reste fidèle à mon état d'esprit de l'époque, le récit ne pouvait pas bien se finir : père et fils réunis se suicidaient, ne supportant pas le retour à la normale (à l'anormale ?).
Je n'ai pas fini ce récit mais il est fondamental car il m'a appris la construction. Et j'ai repris plus tard l'idée du récit se déroulant sur une semaine (et je l'ai terminé celui-là !).
Passons les années de lycée - qui elles en revanche me plurent beaucoup. Je pus m'ouvrir un peu de certaines choses et j'avais vraiment le sentiment de vivre une vraie aventure. D'abord, le lycée
était immense et... trop petit !!! Cours six jours sur sept (et oui !). Mais bon, j'étais loin d'être malheureuse. Notre classe de seconde était très étrange : nous mîmes bien un bon trimestre à
nous connaître, créant une totale absence de réaction. Notre "calme" fut qualifié de "malsain" par nos profs. (Oui, je sais, cela ferait beaucoup rire aujourd'hui mais c'est authentique !). Mal
leur en prit car les 2 autres trimestres furent une toute autre histoire : nous nous sommes réveillés !
Quel rapport avec ma vie d'écrivain me direz-vous ? A vrai dire pas grand chose ! J'étais plus occupée à lire - même et surtout en cours - c'est ainsi que j'ai dévoré Jane Eyre de Charlotte
Brontë en cours de français - tout en écoutant parfaitement ce qui se disait autour, intervenant au besoin - et à dessiner des vêtements (occupation idéale en cours de philo !).
En revanche un évènement déterminant intervint en première : mon premier voyage à l'étranger (je pense que je n'en reviens toujours pas aujourd'hui ! ). Je fus autorisée à me rendre à Berlin avec
ma classe (car j'ai oublié de mentionner que je faisais allemand première langue. Nous étions en 1987... et le mur était toujours debout ! J'avais dix-neuf ans, l'âge de comprendre et de
profiter... Et je peux dire sans honte que j'en ai profité. J'ai eu mes deux premières semaines de vraies vacances et l'esprit transformé, j'ai pu reprendre le fil de ce qui était alors vie.
Sautons les années et les épreuves avec cette légèreté de danseurs de parquet et retrouvons nous à Londres où je suis très heureuse. Je suis libre et les weeks ends m'appartiennent ! Pour la
première fois, j'ai un peu d'argent, je vis dans un magnifique quartier - Knightsbridge. J'observe le défilé incessant des Rolls, Bentley et autres Jaguars. Je fais mes courses chez Harrod's (le
rayon alimentaire est sublime ; et en bonne française, j'y achète mes croissants...) Je découvre ce qu'est le bon thé et surtout comment le préparer - ou du moins comment je l'apprécie le
mieux... c'est à dire pas très fort et pas brûlant.
Hyde Park est à cinq minutes... Le tour de la Serpentine est ma promenade favorite. Je me sens bien. Ma soeur me rend visite et je l'emmène chez Harrods... rayon des chaussures et c'est
l'occasion d'une des plus belles crises de fou rire que nous ayons eu ensemble.
Londres aura toujours une résonnance particulière dans mon coeur. Et pas seulement parce que j'y ai vécu un exil choisi. J'ai eu le sentiment très net que les choses prenaient une autre dimension
et je suis parvenue à prendre un peu de distance et certaines plaies n'étaient plus si insoutenables. L'anglais s'est imposé à moi en douceur, de manière insidieuse. En quelques mois j'ai
"rattrapé" les six annnées perdues à étudier on peut se demander quoi.
Pour être franche, je pensais en avoir fini avec l'anglais avec l'épreuve du bac où heureusement - l'ayant mis en option - il ne me "coûta" rien. Je m'en réjouis même ! Comme quoi, j'aurais
certainement mieux fait de me taire ce jour-là !
Mais, cher visiteur, je te sens bouillir car tu me sens bien éloignée de mon propos ! Eh bien : que nenni ! Je n'ai jamais
été aussi proche de te révéler le pourquoi et le comment de mon propos.
J'apprends donc l'anglais et chaque jour faisant... mon français écrit décline ! Et cela je ne peux l'accepter. Alors, confortablement installée dans le living-room, sur la table ronde en
verre, une liasse de papier ligné, je me mets à écrire ! Mon idée est là et je veux la concrétiser en mots, en pages. Je me penche, le stylo court, sans beaucoup hésiter, l'orthographe aux
orties. Je me libère. Les scènes se succèdent dans mon esprit et je sais où je vais ; j'entrevois le but. De deux personnages bien définis, d'autres s'ajoutent, je tisse mon ouvrage, ma chose. Le
temps court aussi.
Au final 150 pages manucrites et "Le Dégusteur de Minutes" est né, récit que je chéris encore aujourd'hui. Sans doute te le ferai-je partager.
Mais voilà comment tout a commencé.
Aujourd'hui, la soif d'écrire est intacte même si c'est en dillettante. Mais il n'y a aucun "passage à vide". Je vais à mon rythme, l'écriture ne peut, ne doit jamais être
forcée. C'est mon plaisir solitaire. Je ne montre que ce que je veux bien montrer. Je ne suis pas ambitieuse et ne chasse pas les récompenses. J'écris aujourdh'ui comme hier pour faire
tomber les murs toujours plus hauts et si visibles. C'est mon coin de ciel bleu à moi, j'écris mes rêves.
En revanche, je renonce pleinement à me trouver un éditeur. Cet horizon est trop bouché et le dernier envoi m'a rendu malade. Mon nom n'est pas connu. Mais dois-je "prendre mes enfants
et les noyer, juste là où la Seine rejoint Aubervilliers" : certainement pas ! Tout cela n'est peut-être, au fond, pas si sérieux, mais je n'irais pas me coucher !
Je préfère le contact direct et puisque cette société ne veut pas prendre de risque, au moins n'en ferais-je prendre à personne. Alors lisez-moi, à travers cet écran qui, je vous le jure, ne sera
jamais froid !
Sosophe
24 mars 2008