Vendredi 4 décembre 2009
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Depuis plusieurs jours l'édito
d'Eric Ternin est en vedette sur Overblog donc, impossible de le rater. Comme je suis assez curieuse de nature, j'ai lu son article et tout de suite je me suis sentie un peu déroutée par son
propos.
Monsieur Eric Ternin s'inquiète de la multiplication des sources d'informations qui finiront à terme par nuire à son gagne-pain. Il considère Internet comme un concurrent direct et il le dit sans
fard et avec un certain courage.
Là où je le trouve moins cohérent dans sa démarche c'est qu'il utilise justement Internet pour nous faire part de son malaise. Il s'offre rien de moins qu' une tribune gratuite,
bien moins chère qu'un grand quotidien national et surtout avec une diffusion bien plus large. Je trouve juste ce choix un peu curieux.
Pourtant, je ne veux pas juger sévèrement le propos d'Eric Ternin car je sens malgré tout un véritable amour de son métier. Mais dans le même temps, je ne peux m'empêcher de vous faire
part de mon propre ressenti.
Comme je vous l'ai dit hier, j'ai eu l'opportunité de vivre deux ans à Londres. Auparavant, j'ai eu la chance d'aller à Berlin en 1987, ce qui a été une grande leçon.
Je suis arrivée à Londres en octobre 1989. Quelques mois plus tard, j'ai assisté au départ de Madame Thatcher et son remplacement à la tête du parti Conservateur par le très falot John Major. Je
suis arrivée en pleine crise des Poll Tax qui donnèrent lieu un peu plus tard à des émeutes particulièrement violentes pour ne pas évoquer les attentats quasi quotidiens de l'I.R.A. qui ne
visaient pas les autorités britanniques mais des citoyens comme vous et moi par le biais de bombes placées dans les centres commerciaux. En France, François Mitterand entamait son second
septennat...
Pour une "exilée volontaire" je n'oublierais jamais ce que j'ai vu à la télévision britannique car elle fut une sorte d'électrochoc salutaire. Tout d'abord parce que faute de nouvelles provenant
de France, je me suis sentie doublement abandonnée. Pendant deux ans, la France avait littéralement disparue, c'était assez déroutant !
Autre surprise, le positionnement des journeaux télévisés : le plus tôt était à 21 heures... ce qui n'était pas un mal. Ainsi, on épargne les petits britanniques. Pour avoir eu à supporter
les horreurs du journal de 20 heures pendant des années, je ne trouve pas que cela m'ait apporté grand chose de positif.
Ensuite, le contenu. Edifiant ! Politique intérieure, Inde (parce que croyez-moi, le cordon n'est pas coupé !), Afrique du Sud, Australie et les matchs de crickets contre les équipes des
West Indies.
Vous comprendrez alors sans peine ma grande consternation. Puis, j'ai commencé à m'interroger. Au fond étions-nous si différents, nous autres français ? J'ai alors commencé à enumérer les
différents sujets dans ma tête : politique intérieure, Maroc, Tunisie et Algérie. L'Afrique noire, Gabon, Tchad etc... avec leurs dirigeants si soigneusement sélectionnés par Foccard... et j'ai
fini par ouvrir définitivement les yeux.
Ce que j'ai vu alors m'a horrifiée car je me suis sentie manipulée par des intérêts me dépassant complètement. Une information uniquement téléguidée par nos intêrets commerciaux et arc-boutée sur
notre ancien empire colonial. Ajoutez à cela la Première Guerre du Golfe suivie intégralement sur CNN et vous comprendrez un peu mieux ma nausée !
Pourtant, la télévision britannique de l'époque avait vraiment de quoi séduire ! BBC1 et BBC2 étaient, au moins dans ces années là, d'une qualité incomparable ! Aucune publicité et des
grilles de programmes intelligentes. Des productions télévisuelles soignées, avec pour les séries historiques, un grand souci du détail. Et surtout, ce qu'une novice telle que moi a
apprécié au plus haut point : un vieux film en noir et blanc des années 40 / 50 soit l'après-midi soit à dix-huit heures ! Ce fut l'occasion de découvrir Capra, Minelli, Wyler, Wilder, Cukor...
Un véritable délice ! Voilà un horaire bien pensé au lieu de nous coller des émissions de jeux ou "de divertissement" qui sont surtout l'occasion pour le présentateur de "se tirer sur la nouille"
avec délectation.
Les émissions de jeux, justement parlons-en. En Angleterre, à cette époque, il y avait un programme qui avait pour titre "Generation game" qui me plaisait beaucoup. Des équipes composées, soit
d'un père et de sa fille, soit mère / sa fille, tante / neveu... Bref peu importait la combinaison, il fallait juste qu'il y ait une génération d'écart. Le challenge était de reproduire un métier
et c'était vraiment drôle. Autre institution, les séries humoristiques. C'est là que j'ai découvert (et adoré !) Rowan Atkinson et son fameux "Blackadder" ; l'excellente adaptation de Jeeves
avec Stephen Fry et Hugh Laurie ; French and Saunders et bien sûr... Absolutely Fabulous !
En revanche, et à ma très grande honte, je dois avouer que je suis restée parfaitement hermetique à "Coronation Street" pourtant véritable institution en Angleterre et Eastenders, deux programmes
qui sont restés totalement incompréhensibles !
Quand je suis rentrée en France, en juin 1992, le décalage était tel qu'il ne m'est plus resté comme solution de survivre que de d'éteindre ma télé. D'autant que c'était, tout comme aujourd'hui,
le règne de la désinformation. Crise de la vache folle ? Connais pas ! Il ne faut pas en danger le lobby agro-alimentaire ! Les français sont des petits nenfants fragiles
qui prennent facilement peur alors autant les préserver ! Il y a déjà suffisamment à faire avec le sang contaminé et dissimuler les vrais effets de Tchernobyl.
Le gros problème que j'ai aujourd'hui avec les médias c'est que le phénomène perdure et a même tendance à prendre de l'ampleur ! Dernier haut fait en date, les derniers bidouillages en date
organisés par l'équipe communication de l'Elysée et révélés par la RTBF !!! J'aimerais bien savoir moi, où se situe Eric Ternin dans ce débat. Sa profession en ressort-elle grandie ? Je crains
malheureusement que non. Et où sont les voix, les mots pour évoquer les vrais sujets ?
Depuis que les français ont eu l'audace de refuser la nouvelle Constitution Européenne, on ne cesse de nous culpabiliser, France Inter en tête qui nous traite d'ailleurs de plus en plus en
enfants attardés. "Mais vous comprenez, le monde va mal ! ".
En entretenant de manière volontaire ce climat d'angoisse et de psychose, les grands laboratoires pharmaceutiques peuvent continuer à se frotter les mains ! Les ventes
d'anti-dépresseurs et autres narcoleptiques ne sont pas prêts de chuter ! Tranquilité sur ordonnance et contrôle pernicieux et parfaitement légal des masses ! On ne peut
tout de même pas faire mieux ! Un problème ? Le bâton ou la pilule. Simple et efficace.
Le message sussuré semble être "N'utilisez pas vos neurones ! Il est bien connu que cela sert à rien ! Intéressez-vous plutôt au moindre fait divers "qui pue bien " comme disait ce bon
Desproges ! Ou encore : "Repêtez-vous jusqu'à plus faim des derniers écarts & déboires des "Peoples", happy few hideux trop souvent vulgaires et dénués de tout talent !
Jamais plus que l'expression "opium du peuple" n'a été aussi juste qu'aujourd'hui. Avec la multiplication des chaînes, le bourrage de crânce s'amplifie.
"Ne vous préoccupez pas de vos chaînes qui racourcissent chaque jour et qui vous tiennent un peu plus solidement attachés. Vous avez beau râler pour la forme - c'est dans
votre nature - vous savez très bien que vous finissez toujours par vous résigner. Vous n'avez pas les couilles de tout foutre en l'air ! Alors pourquoi geindre ? Vous savez
parfaitement que cela ne sert à rien et puis, cela ennuie tout le monde ! Ne cherchez pas à tout prix à vous faire remarquer. Vous êtes malheureux ? Mais vous savez, vous n'êtes pas le seul !
Regardez donc ces pauvres afghans ! Vous ne vous sentez vraiment pas bien ? Ouvrez le tube magique qui vous tout fait oublier jusqu'au lendemain. De toute façon, il faudra bien vous lever pour
aller bosser. Les arrêts-maladies, il ne faut vraiment pas y penser ! Vous ne voulez pas agrandir le trou de la Sécu ! Et puis, vous ne voudriez pas passer pour le tire-au-flanc de service ! Quoi
? Le porte-monnaie se vide à une vitesse vertigineuse ? Les ponctions sont de plus en plus insupportables ? Mais vraiment, de quoi vous plaignez vous ? Vous avez un boulot,
vous..."
Voici un aperçu du monde dans lequel je serai censée vivre et que je refuse en bloc ! Pour tout dire, je ne regarde même pas l'écran vide de ma télé. Je l'oublie, tout simplement. Je pense de
plus en plus résilier ma redevance. Et si la radio continue à me débiter son lot de mauvaises nouvelles, elle subira sans vergogne le même sort ! Je ne lis pas la presse, la féminine est vraiment
à pleurer ! Tous ces magazines pour ovaires anxieux dans lesquels je me reconnais si peu !
Plus j'avance, plus je me moque de tout ce cirque ! Je fais partie de cette minorité silencieuse, les Actifs - qui maintiennent le pays en marche et qui n'ont que le droit de fermer leur gueule !
OK, très bien ! Puisque je ne peux pas y échapper, je paie les factures des autres mais contrairement aux autres : je refuse de subir ! Car oui, je le clame haut est fort, je mène ferme ma barque
et j'entends bien continuer !
Sophie, 4 décembre 2009